Une fuite en sautant à la corde, pendant une série de burpees, en courant ou au moment d'un soulevé lourd. Beaucoup de sportives le vivent, peu en parlent. Certaines finissent par éviter certains exercices, porter des protections en permanence, voire abandonner leur sport. Pourtant, ce problème se traite.
Plus fréquent qu'on ne le croit
Une méta-analyse publiée en 2018 a estimé qu'environ un tiers des sportives présentaient une incontinence urinaire, avec des chiffres plus élevés dans les sports à fort impact comme le trampoline, la gymnastique, les sauts ou la course. Ces fuites concernent aussi des femmes jeunes, sans enfant, en excellente condition physique. Être sportive et musclée ne protège pas : le plancher pelvien est un groupe musculaire à part, qui doit encaisser la pression générée à chaque impact et à chaque effort de poussée.
Pourquoi ça arrive
Lors d'un saut, d'une réception ou d'un effort de poussée, la pression dans l'abdomen augmente brutalement. Le plancher pelvien doit se contracter au bon moment et avec assez de force pour maintenir la continence. Quand sa force, sa coordination ou son endurance sont insuffisantes par rapport à la contrainte, une fuite survient. La grossesse et l'accouchement, la fatigue en fin de séance, certaines techniques de respiration et le volume d'entraînement peuvent y contribuer.
Une fuite à l'effort est un signal d'adaptation insuffisante, pas une conséquence normale du sport.
Ce qui marche
La rééducation des muscles du plancher pelvien est le traitement de première intention de l'incontinence urinaire d'effort. Une revue Cochrane de 2018 a conclu que les femmes qui suivaient ce type de programme avaient beaucoup plus de chances de voir leurs fuites guérir ou s'améliorer que celles qui ne recevaient pas de traitement.
Chez la sportive, la rééducation va plus loin que les exercices de base :
- apprendre à contracter correctement le périnée, ce qui n'est pas toujours intuitif ;
- le renforcer en force et en endurance ;
- coordonner sa contraction avec la respiration et les efforts ;
- l'intégrer progressivement dans les gestes de votre sport : réceptions, course, charges lourdes.
Le premier pas
Parler de ses fuites n'est pas toujours facile. La rééducation pelvi-périnéale se déroule dans un cadre confidentiel. L'entretien initial permet de comprendre dans quelles situations les fuites surviennent. L'examen, s'il est utile, n'est réalisé qu'avec votre accord explicite, et chaque étape vous est expliquée.
En pratique
- Ne considérez pas les fuites comme normales, même si elles sont fréquentes dans votre salle.
- N'arrêtez pas le sport pour autant : adaptez temporairement les exercices qui déclenchent les fuites.
- Parlez-en à votre médecin ou à votre sage-femme pour obtenir une prescription.
- Une rééducation ciblée, intégrée à votre pratique sportive, donne de bons résultats.
Sources
- Teixeira RV, et al. Prevalence of urinary incontinence in female athletes: a systematic review with meta-analysis. Int Urogynecol J 2018;29:1717-1725. Lien
- Dumoulin C, Cacciari LP, Hay-Smith EJC. Pelvic floor muscle training versus no treatment, or inactive control treatments, for urinary incontinence in women. Cochrane Database Syst Rev 2018;10:CD005654. Lien